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Un diamant noir en Périgord

  • Photo du rédacteur: Morpho
    Morpho
  • 30 déc. 2020
  • 2 min de lecture

Manteau rouge et tambourin en main, Bacchus arrive en Périgord.


Entre Auvergne et Aquitaine, le Périgord est douceur grâce à l’influence atlantique qui remonte ses amples vallées.

Un vol d’hirondelle déplie l’horizon où les peupliers bruissent au fil de la Dordogne.

Au cœur du silence s’avance une lueur avec l’ocre des falaises. Bacchus est séduit par ce coin de France où vivaient nos lointains ancêtres.


C’est ici que s’est allumé le feu des hommes de la préhistoire.

L’art est né dans ces grottes innombrables près des rivières poissonneuses.

L’artiste paléolithique nous a légué que le chasseur de rennes était le premier des civilisés. Il possédait l’art et le feu.

Vastes échines, croupes massives, les bêtes sauvages hurlaient dans leurs fuites éperdues vers les hautes futaies.

Seuls de grands artistes pouvaient nous laisser ce témoignage.

Toute cette faune nous apparaît aujourd’hui dans sa course ondoyante sur les parois des cavernes.

A la grotte des Combarelles, mammouths, bisons, chevaux, aurochs et rennes sont devenus des divinités protectrices.


De sentier en sentier, du velours des bruyères aux terrasses rocheuses, Bacchus arrive au village des Eyzies.

La brune Eva l’attend à la truffière en compagnie de sa chienne Vézère.

Une frange de lumière se pose sur les genévriers.

C’est le premier repérage d’une truffière qui, autour de l’arbre élu, forme un cercle d’environ dix mètres de diamètre où la terre paraît brulée, prouvant la voracité du mycélium qui accapare les éléments nutritifs du sol.

Avec son chien truffier, Eva livre son expérience à Bacchus émerveillé.

La truffe est un champignon qui vit en symbiose avec les genévrier, prunellier, noisetier et plantes herbacées telles que l’épervière et la fétuque.

Très parfumée, la voilà la truffe du Périgord, écorce noire verruqueuse et chair marbrée.

Elle a été appelée par Brillat-Savarin « le diamant noir » de la cuisine.


Double plaisir, Eva lance une invitation à Bacchus pour déguster la fameuse « Tuber Melanosporum ».

Mais avant de quitter les lieux, ils restent tous les deux silencieux à regarder le ciel en exil aux nuages fuyants.

Une aura de paix descend sur cette terre du Périgord qui, dans le crépuscule naissant, prend la peau rougeâtre d’une truffe adolescente.

Avec un aboiement de coyote, la chienne Vézère donne le signal du retour.


Pendant mille ans, la truffe s’est enveloppée de vertus aphrodisiaques.

Balzac, Colette et autres littérateurs voluptueux en firent l’éloge.

La truffe noire du Périgord exsude un parfum qu’un autre écrivain rapproche de l’odeur musquée d’un lit après une après-midi d’amour.

Une cuisine libertine la truffe !


Pendant ce temps, Bacchus bichonne un beau flacon : un vin jaune de Château-chalon.

Eva arrive avec les truffes à la croque et fleur de sel.

Avec le plaisir du palais, les truffes réchauffent corps et âmes et aiguillonnent l’imagination de nos deux épicuriens.

Le vin jaune glisse du clavelin aux verres écussonnés du sein d’Aphrodite.

Le cépage ambré du savagnin rebelle, accroché aux pentes de marne bleue du Revermont, est venu tutoyer la perle noire du Périgord.


L’arverne Bacchus et la périgourdine Eva ont fait ripaille sur cette terre où le mystère prend force aux courbes de la rivière.


Tout près veille encore, dans les grottes, la virtuosité d’un dessin, d’une couleur.


La horde sauvage guide nos pas vers l’inespéré, le merveilleux.


R.S.


L’oiseau bleu de Knossos, vers 1500 av. J.-C


 
 
 

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